Sous la robe

Sous la robe
20 ans derrière le barreau ! Nathalie est avocate et ne change même pas de robe pour monter sur les planches et raconter la face cachée de son joli métier.
One woman show de et par Nathalie Penning mis en scène par Nathalie Uffner

«Sous la Robe», du prétoire à la scène: «Je ne pourrais plus défendre des directeurs de ressources humaines»

(Julien RENSONNET - L'Avenir, mercredi 13 janvier 2016)

Dans «Sous la Robe», Maître Nathalie Penning dézingue le petit monde de la justice belge. Avocats, clients, public: personne ne gagne le procès qu’elle intente. Sauf l’humour.
On interrompt Nathalie Penning en pleine manucure. «On me faisait les mimines toutes belles pour monter sur scène», s’excuse-t-elle. L’avocate aux 25 ans de barreau rappelle depuis sa voiture, slalomant dans les beaux quartiers d’Uccle. «Je suis une conductrice terrible». Une comédienne terrible aussi.
Blonde flamboyante, les talons aiguilles dévoilés au bas de sa toge, l’avocate bruxelloise plaide désormais aussi en soirée. Mis en scène par Nathalie Uffner, son one-woman-show «Sous la Robe» cartonne au TTO et ailleurs. En deux ans, plus de 15.000 personnes l’ont vu. Alors qu’elle monte sur la scène du CCU pour 5 dates avant de partir défendre son spectacle en Wallonie, Maître Penning plaide coupable: «Avocats, juges, clients, tout le monde passe à la moulinette, moi la première. Sinon, ça serait cruel».

Comment avez-vous collecté les anecdotes de ce show?

Avocat, c’est un métier de contact, comme coiffeur, médecin, cordonnier ou esthéticienne. Chacun de ces métiers a ses moments d’absurdité. Et puis, chez l’avocat, dans l’intimité du bureau, avec le secret professionnel, les clients se livrent plus facilement. C’est dû à leur situation de crise: personne n’a d’argent à dépenser pour l’avis d’un avocat. On ne le consulte pas pour l’entretien, comme le garagiste ou le médecin. Ensuite, j’observe beaucoup.

Nathalie Penning: «Tout est vrai, y compris la blague téléphonique au bâtonnier de Bruxelles!» Comme cette réunion de copropriété...

Bien sûr, une réunion de copropriété, c’est beaucoup plus parlant que l’absence de rendement des stock-options. Je privilégie les situations concrètes qui révèlent notre humanité. J’adore, à l’audience, voir deux personnes qui attendent pour régler leurs affaires de divorce respectives et qui, ne se connaissant pas, en viennent à discuter. J’essaye aussi d’avoir des avis extérieurs au monde judiciaire pour éviter la prolongation des revues du barreau: je veux démystifier la profession et le titre de «maître».

Le spectacle, il est autobiographique?

Tout est vrai, y compris la blague téléphonique au bâtonnier de Bruxelles! J’ai effectivement commencé dans un grand cabinet d’affaires, en droit des sociétés. Quand une société en achète une autre, il y a 50 baux à vérifier. Mon collègue, il était gris tellement il travaillait. L’autre, il ressemblait à un prêtre polonais torturé à l’époque de Solidarnosc. J’ai alors assisté à un concours de plaidoiries et j’ai su que je voulais plaider.

Vous repartez alors à zéro?

J’ai su que je n’étais pas à la bonne place dans ce cabinet de 100 avocats. Je me suis occupé de petites et moyennes entreprises. Puis j’ai réussi un divorce dans la BW. Et ça, ça, quand vous réussissez un divorce dans le BW, votre nom circule auprès des femmes du même âge, ces blondes méchées, qui s’inquiètent de savoir où iront les couverts Christofle de la liste de mariage si Toto s’en va.

Quand vous réussissez un divorce dans le BW, votre nom circule auprès des femmes de 50 ans, ces blondes méchées.

Il y a des matières que vous détestez?

J’étais le conseil de la famille de la victime dans l’affaire des amants diaboliques. C’était difficile humainement. Avec ce côté «jeux du cirque». Au moment du verdict de culpabilité, il y avait ce public de curieux qui ricanait. Ça m’a choqué.

Vous n’êtes pas tendre avec ceux qui manquent de confiance en la justice.

Mon passage préféré, dans le spectacle, c’est le dîner en ville, dans un cercle. Qu’une personne peu instruite doute de la justice et la remette en question, OK. Mais quand ce sont des mecs qui ont fait Solvay, j’ai envie de les étrangler à coups de foie gras ou de les enfermer dans les toilettes du Sea Grill. Pour moi, ils ont réussi. Ils ont l’obligation d’être moins cons que les autres.

Pour moi, ceux qui fréquentent les «cercles», ceux qui ont réussi, ils ont l’obligation d’être moins cons que les autres.

Avocats, clients, café du commerce...: vous caricaturez tout le monde, vous la première.

Je suis une caricature sur pieds et consciente de l’être. Je ressemble à Michèle Torr mais je suis rock’n’roll dans la tête.

Il y a des gens qui vous refusez de défendre?

D’abord, il y a ceux qui mentent délibérément à leur conseil. ça ne m’intéresse pas. Par exemple, un homme qui veut divorcer. C’est souvent difficile pour lui d’avouer qu’il y a quelqu’un d’autre. Mais je les connais: un clou chasse l’autre. Je le préviens: «si je découvre que le break de réflexion de 6 mois vous amène à être papa, j’arrête tout!» Généralement, à ce moment, il avoue.

Et une profession que vous évitez?

Je n’aime pas les directeurs de ressources humaines.

Ah bon!? Pourquoi?

Ça ne marche pas avec eux. Avant, c’était les chefs du personnel. Aujourd’hui, ils font la pluie et le beau temps dans les open spaces. Si on s’engueule avec Sonia, c’est parce qu’on n’y met pas du sien, qu’on «communique mal». Or, vous avez le droit de ne pas aimer tout le monde. Travailler dans un paysager, c’est horrible. Vous ne pouvez pas vous gratter si votre culotte est trop serrée ou vous devez subir les commentaires des collègues sur les photos de vos gosses: vous n’avez droit à rien!

Pour les directeurs des ressources humaines, si on s’engueule avec Sonia, c’est parce qu’on n’y met pas du sien, qu’on «communique mal». Or, vous avez le droit de ne pas aimer tout le monde.

Vous avez arrêté de les défendre, ces directeurs des ressources humaines?

J’ai eu des expériences avec des gens très autoritaires, qui ont un problème de pouvoir. Ils vous autorisent à travailler près d’une fenêtre si vous êtes gentil. Vous savez, dans mon bureau, ils tapotaient avec leur doigt: «vous allez écrire ça». S’il n’y a rien sur eux dans mon spectacle, c’est parce que j’en défendais encore un à l’époque. Mais c’est fini.

Votre spectacle est très «bruxellois»: vous pensez à y ajouter des détails plus «wallons»?

Je pourrais ajouter l’anecdote d’un bail à ferme, mais je connais moins bien cette matière. Je connais moins bien la Wallonie. Ceci dit, la copropriété, les divorces, les dîners: y en a partout. Cette scène avec l’école de Molenbeek, j’avais peur qu’elle soit mal ressentie après les attentats du Bataclan. Mais je jouais à Spa alors et il m’a semblé que le public était soulagé qu’on continue à rire.

Certains confrères ou clients se sont-ils reconnus dans le show?

Non, c’est suffisamment noyé. Il y a juste ce client dont l’histoire était tellement drôle que je souhaitais l’utiliser telle quelle. Il m’a signé une décharge en disant: «si vous arrivez à faire rire toute une salle avec les emmerdements que m’a causés mon ex-femme, alors c’est OK». Je crois qu’il était très heureux d’entendre les réactions du public.

Julien RENSONNET - L'Avenir, mercredi 13 janvier 2016

 

De la toge aux loges

(Cecile Berthaud, L'Echo 6 fév 2014)

Nathalie Penning mène une double vie en ce mois de février: avocate le jour, elle est comédienne la nuit. Sur les planches du Théâtre de la Toison d'Or, elle tourne en dérision la vie de prétoire.
Certains ont besoin de jouer. Au tennis, au golf, au foot. Elle, elle joue la comédie. C'est son défouloir, sa respiration, "rire c'est [sa] thérapie". Depuis plus de vingt ans, elle participe aux spectacles du barreau de Bruxelles, une tradition de tous les barreaux de Belgique. Mais là, elle passe un cap: Nathalie Penning joue dans un vrai théâtre, celui de la Toison d'Or, à partir de ce soir et pour plus de trois semaines.

Dans un seule-en-scène d'une heure trente, elle rit d'elle-même, du métier, des confrères, des clients, des visiteurs du Palais de Justice, des groupes scolaires. "J'y ai mis ce qui m'a fait rire en 23 ans de carrière. Un, mon parcours. Deux, les situations cocasses, absurdes, le côté bobo du barreau", précise-t-elle. Elle a écrit seule son texte et c'est Nathalie Uffner, la directrice du théâtre, qui la met en scène. Elle l'avait repérée lors d'une conférence sur les métiers que le théâtre avait organisée, l'hiver dernier. Face à l'hilarité de la salle, la directrice propose à l'avocate d'en faire un spectacle. "Au début, je n'y crois pas, dit Nathalie Penning. Je me dis que je ne vais pas y arriver. C'est une chose de tenir le crachoir dans les dîners, et une autre de tenir plus d'une heure seule sur scène à parler de mon métier!".

Le rire comme soupape

"J'ai mis dans ce spectacle ce qui m'a fait rire en 23 ans de carrière. Un, mon parcours. Deux, les situations cocasses, absurdes, le côté bobo du barreau."
Nathalie Penning,
Avocate et comédienne

Mais la tentation est trop grande pour celle qui fait du théâtre depuis l'adolescence. Et qui se serait bien vue en faire son métier. "En rhéto, on m'avait conseillé d'entrer au Conservatoire. Mes parents ne me l'ont pas interdit, mais ils m'ont dit de faire des études d'abord. Donc après cinq ans de droit, j'ai tenté l'examen d'entrée au Conservatoire. J'ai échoué. Au grand soulagement de mes parents!", raconte-t-elle.

Mais elle ne lâche pas l'affaire. Et deux ans après être entrée au barreau de Bruxelles, elle intègre la Compagnie du Palais de Justice qui présente chaque année une pièce dans le Palais même. "D'autres ont besoin de faire du sport, moi j'ai besoin du rire. Dans nos dossiers, on fait face parfois à des situations très tristes, voire très éprouvantes. Et je suis mauvaise perdante, donc quand je perds un dossier ou quand mes clients me déçoivent, ça passe mal. Quand des choses comme ça arrivent, il faut que je puisse avoir de petites parenthèses rigolotes", explique-t-elle.

Rire et faire rire, oui, mais pas n'importe comment quand on est avocate. D'une part il y a le secret professionnel et d'autre part, les avocats font partie de l'une des dernières professions où des règles s'appliquent jusque dans la vie privée. Ils ne peuvent rien faire qui attenterait à la dignité de la profession. Être pris en photo, faisant tourner sa culotte au-dessus de sa tête juché sur la table d'un bar, voilà qui est hors cadre (l'exemple n'est pas de nous, mais bien de l'avocactrice).

Nathalie Penning a préféré demander l'autorisation à son bâtonnier pour faire "Sous la robe", bien qu'elle n'y était pas obligée. Ce à quoi on lui a répondu de faire attention à ce qui relève de l'obligation du secret professionnel. En outre, elle s'interdit elle-même de plaider pendant que son spectacle est à l'affiche: "Je trouve que ça ne se fait pas de faire l'actrice le soir et d'être à la barre à 8h45 le lendemain. Il y va de ma crédibilité", considère-t-elle.

Un bon accueil

Justement, ne craint-elle pas que les facéties de l'actrice nuisent à l'image de sérieux de l'avocate? "Non, au contraire, les gens comprennent qu'on est comme eux. On râle, on peste sur notre métier, mais il y a quelque chose qui nous y retient. Et puis il y a tellement de mystères autour de ce métier, les gens se font des films. Ca les rassure de voir que les avocats peuvent pratiquer l'autodérision, qu'ils ne sont pas (tous) pédants. Et qu'ils sont des personnes comme les autres. Il y a 5.000 avocats à Bruxelles qui, eux aussi, stressent dans les périodes des examens, affrontent des cancers, divorcent, etc.", estime-t-elle.

Du côté de ses confrères, les réactions sont à 90% positives, selon elle, allant de la bienveillance à l'enthousiasme. Quant aux esprits chagrins, elle les balaie d'une phrase: "De toute façon, dès que vous vous exposez dans ce milieu, vous prenez un risque, c'est un métier de jaloux". Elle, elle est bien campée sur ses deux jambes estimant qu'elle leur a déjà prouvé, pendant 15 ans, qu'elle pouvait être drôle et crédible dans son boulot. Et apparemment Nathalie Penning a déjà son public puisque plusieurs jours avant la première, les représentations étaient quasi complètes.

Cecile Berthaud, L'Echo 6 fév 2014

Ailleurs dans la presse...

Nathalie Penning, avocate du diable / Le Soir

Elle troque sa toge d’avocat contre sa rage de comédienne dans « Sous la robe », vision barrée du barreau.

Une avocate plaide sur scène / La Capitale

« Sous la robe », c’est la pièce qui cartonne actuellement au Théâtre de la Toison d’Or, sold out depuis la première semaine… «Avocat, c’est une profession qui a toujours fasciné », estime-t-elle.

Nathalie Penning rend justice à l’humour / Elle

Avocate dans la vraie vie, elle troque la toge pour un one-woman-show désopilant, et surprend. Oui, on peut exercer une noble profession et faire rire sans restriction. 

Drôle d’avocate / Moustique

« Les avocats ne sont pas toujours beaux ! A cause de nombreux films, les gens ont une vision très caricaturale du métier. Moi, je veux le ramener sur terre. Il faut démystifier la profession, lui rendre une image humaine, montrer qu’on peut être parfois neuneus, parfois bébêtes ou même lâches ».

Date: 
Vendredi 11 Mars 2016 à 20h30
Lieu: 

Bossière Square Garden, rue de Toijol, 3 Bossière-Saint-Gérard

Détails pratiques: 

Sold Out ! La capacité de la salle est atteinte, nous ne pouvons accepter plus de spectateurs...

Renseignements complémentaires: 0495/26.09.21 (Damien Floymont)

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