En toute inquiétude

Inquiètude
Que se passe-t-il quand votre vie se décale, que tout semble aller trop vite pour vous ?
Seul-en-scène de Jean-Luc Piraux

L'histoire de Séraphin, c'est celle d'un quinqua qui voudrait bien, mais qui n'en peut plus. Largué au boulot, dépassé en famille, il est prêt à tout : apprendre l'anglais, la natation, le langage HTML, la rébellion. Et pourtant quelque chose résiste. Et si c'était lui-même ?
 
Inspiré par le cheminement de son père, qui n'a jamais osé vivre son rêve, Jean-Luc Piraux interroge avec un appétit drôle et cruel la science aléatoire des trajectoires de vie.

 

Lumineux, malgré un décor d'une sobriété absolue - un rideau noir et une simple chaise de bois -, le seul-en-scène de Jean-Luc Piraux. Ne surtout pas se fier au titre ! Ce solo solaire provoque tout sauf des quintes de stress. On en ressort au contraire l'esprit dilaté, les yeux détendus d'avoir tant souri, et le coeur tout ragaillardi par la simplicité voluptueuse de ce comédien hors pair. Attention : qui dit simplicité ne dit pas simpliste.

L'histoire - en grande partie autobiographique - que nous dévoile l'artiste emprunte les sentiers hirsutes d'un portrait de famille, et débroussaille les branches noueuses qui se sont enlacées autour de sa figure centrale, le père, chêne et roseau tout à la fois. Pilier de la famille, Séraphin, quinquagénaire, perd un jour son boulot. Largué par son temps, noyé par sa famille, dépassé par un fils handicapé, un autre qui veut être comédien, Séraphin est finalement un père comme il en existe tant, un surhomme impossible, héros avant tout dans ses défaites.

Dit comme ça, on croirait assister à un concours de scènes lacrymales mais, c'est là l'exploit du clown lunaire, on rit quasiment d'un bout à l'autre de la pièce. Jean-Luc Piraux incarne, dans un manège très maîtrisé, le père, ses fils, sa femme, un pittoresque maître nageur flamand, des compagnons de bistrot, etc. Il ne fait qu'esquisser ces portraits, par une anecdote, un détail, et c'est au public de dessiner le tableau complet. Gala professionnel qui tourne à l'incident diplomatique, entretien d'embauche calamiteux, casting clownesque, le comédien mouille sa chemise, virevolte sur scène et sur les genoux du public, grimpe sur le décor, et joue finalement le plus flamboyant des funambules, sur le fil entre une tendresse à croquer et des pitreries bigrement dramatiques.

Catherine Makereel

(MAD Le Soir du 15/01/2014)

Date: 
Vendredi 1 Juin 2012 à 20h30
Lieu: 

Rue de Toijol, Bossière-St-Gérard

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
En soumettant ce formulaire, vous acceptez la politique de protection Mollom.